Lutter contre une situation de grande précarité

L'association KÂLÎ est née de la mise en commun par 7 femmes de leurs énergies, leurs compétences et leurs réseaux respectifs. Face à la situation précaire déjà connue des femmes sans-papiers et à la "crise des migrants" dont les femmes représentent une part toujours plus importante, elles ont décidé de s'allier.


Elles souhaitent proposer un accompagnement protéiforme aux femmes et jeunes filles étrangères ayant subi ou subissant une situation de violence et/ou de vulnérabilité en raison de leur sexe. Ces femmes se retrouvent au croisement de deux situations de précarité : sans titre de séjour et de sexe féminin, elles sont davantage sujettes aux
violences et/ou à la vulnérabilité qui se manifestent en différents points de leurs parcours :

  • Dans leurs pays d’origine, souvent en proie aux conflits armés, on constate une augmentation de la violence domestique, des abus sexuels et de la marginalisation économique ce qui les contraint à fuir pour trouver une vie meilleure loin de leur famille, leurs amis, leur travail et leur culture.
  • Sur la route de l'exil, elles se retrouvent visées par des réseaux de prostitution ou de mariages arrangés parfois afin de bénéficier de la protection d'un homme durant le trajet. Elles subissent harcèlements sexuels, agressions et viols par des passeurs et compagnons d'infortune.
  • Aux portes de l'Europe, elles souffrent à nouveau d'une grande vulnérabilité dans les camps de détention. En effet, les dortoirs et les sanitaires sont pour certains mixtes les empêchant ainsi de se rendre aux toilettes la nuit par peur des agressions sexuelles. Cette promiscuité contrevient à la sécurité des femmes et jeunes filles qui subissent à nouveau des actes de harcèlement et d'agression de la part de la police, de certains humanitaires ou des autres migrants. Des femmes ayant transité dans ces camps rapportent également des échanges de services sexuels contre de la nourriture ou parlent de prostitution forcée avec les autorités de police qui surveillent les camps, parfois même en état d'ébriété.
  • A l'arrivée en France, la situation n’en n’est pas plus sereine. Face au manque de logements adéquats, certaines dorment à la rue quand d'autres partagent des chambres dans des centres non adaptés, les obligeant parfois à se barricader la nuit pour leur sécurité. La situation des camps à ciel ouvert est aussi très préoccupante. Pour exemple, dans la jungle de Calais, seul le centre Jules Ferry, d'une capacité de 200 places, peut mettre à l'abri les femmes pour la nuit. Les autres connaissent donc elles aussi leur lot d'horreurs : prostitution forcée, agressions, etc.
    Une fois installées, les femmes sans-papiers connaissant vulnérabilité ou violences en raison de leur sexe se retrouvent très souvent en marge de la société et de la protection dont elles ont besoin. Pour certaines, dans le cas où elles sont en règle, on peut parler d'une véritable situation d'asservissement à leur conjoint ou leur employeur sans lesquels elles risquent de basculer dans l'irrégularité les privant ainsi d'un accès aux soins, aux services sociaux, de police ou judiciaires ou encore à des centres d'hébergement adaptés.

 

Une question fondamentale et fondatrice

Ce bilan nous a donc conduites à nous demander comment une personne n'ayant eu ni protection, ni secours, ni recours peut-elle continuer à “exister”.

En effet, comment, lorsque l'on a vécu de telles violences sans qu'à aucun moment nos droits fondamentaux n'aient été ni respectés par les auteurs, ni garantis par les institutions, peut-on encore se considérer comme un être humain, égal aux autres ?

 

Un accompagnement protéiforme contre le cloisonnement

C’est  pour tenter de remédier au cloisonnement et à l’enfermement de ces femmes dont l’auto-estime est abîmée et qui sont victimes d’une sorte de “double peine” que KÂLÎ s’est donné pour mission de leur proposer un accompagnement protéiforme :

  1. un accompagnement juridique 
  2. un accompagnement psycho-corporel
  3. un accompagnement socio-éducatif

A travers cet accompagnement l’idée est de  créer ou renforcer le lien avec la société française, de valoriser leurs compétences afin de leur permettre de retrouver respect, estime de soir et dignité et enfin de replacer l’humanité au centre de la réflexion et de la lutte pour les femmes victimes de vulnérabilité et/ou de violences en raison de leur sexe.