Non, les femmes migrantes n’abandonneront pas leurs enfants !

A l’approche des élections législatives en Espagne, le Parti Populaire propose d’inscrire dans le projet de loi de soutien à la maternité la possibilité pour les femmes migrantes d’éviter l’expulsion durant la grossesse si elles consentent à abandonner leur enfant.
Bien sûr notre première réaction n’est que profond dégoût et immense colère.
Bien sûr il est humainement impossible de ne pas ressentir d’empathie à l’égard de ces femmes et de ces enfants. Mais gare à l’affect !
En effet, il convient de réfléchir politiquement pour mieux déconstruire et comprendre en quoi ces propositions électorales populistes rongent peu à peu notre “vivre-ensemble” et notre contrat social.
Cette proposition est politiquement nauséabonde en ce qu’elle présente quatre attributs dangereux pour une société :
  1. Elle est raciste : elle “hiérarchise” les femmes et le lien maternel en soutenant qu’une femme non-blanche abandonnerait plus aisément son enfant qu’une femme blanche (espagnole) en échange d’une faveur administrative.
  2. Elle est sexiste : elle nie le droit des femmes non-blanches à disposer de leur corps et à faire des choix, notamment celui de garder leur enfant tout en étant en situation irrégulière.
  3. Elle est classiste : elle s’appuie sur l’idée qu’il faut “aider” les personnes en situation de précarité économique en leur proposant d’abandonner un enfant pour réduire leurs dépenses et ainsi les soulager.
  4. Elle porte atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant : selon la Convention internationale des droits de l’enfant, l’intérêt de l’enfant doit être une considération primordiale dans toutes les prises de décisions, notamment celles qui émanent des organes législatifs (article 3, alinéa 1). S’il n’existe pas de définition précise de l’intérêt supérieur de l’enfant, il n’en demeure par moins que “Les Etats parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré” (article 9, alinéa 1).
Rousseau prétendait qu’il était vital de conclure un “pacte social” entre les Hommes pour éviter que les plus forts accaparent la volonté générale et la détournent à leur profit.
Ce contrat, fondement de la société démocratique, permettrait de sortir de l’état de nature en s’associant pour défendre et protéger de toute la force commune “la personne et les biens de chaque associé”.
La proposition du Parti Populaire espagnol relève de cet état de nature décrit par Rousseau. En effet, elle met en lumière qu’encore aujourd’hui certains Hommes se considèrent supérieurs et à ce titre s’accaparent la volonté générale pour combattre celles et ceux considéré-e-s comme inférieur-e-s.
Nous nous opposons à ce type de contrat social que défendent les forces ultraconservatrices d’Europe.
Nous pensons que le pacte social ne se fera pas sans les personnes exilées.
Nous pensons que l’humanité est une et indivisible.