Du Congrès de Versailles à la victoire des Bleus : les dessous d’une crise de l’humanité à l’échelle européenne.

En quelques années, l’expression de « crise migratoire » est devenue la norme pour qualifier l’arrivée de personnes migrantes en Europe. Mais derrière cette notion sibylline, c’est bien d’une crise des valeurs européennes dont il s’agit. Au-delà de l’absence de solidarité entre les Etats membres, c’est le manque de solidarité entre êtres humains que révèlent les réactions des gouvernements.
 
En Hongrie, une politique de rejet des migrant.e.s basée sur des peurs infondées s’est progressivement durcie depuis plusieurs années.
 
L’Allemagne met fin à sa politique d’accueil des réfugié.e.s jusque-là considérée comme “généreuse” en comparaison des autres membres de l’Union.
 
La France, condamnée à plusieurs reprises par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour les mauvais traitements infligés aux mineurs réfugiés, a durci encore davantage sa politique d’accueil depuis l’arrivée au pouvoir de la République En Marche : la loi asile et immigration donne la priorité à la fermeté et aux expulsions.
 
L’Autriche, qui a pris la présidence de l’Union européenne le 1er juillet, a affiché son intention de « juguler l’immigration illégale » et d’externaliser totalement le droit d’asile hors des frontières de l’UE. Selon Le Monde, « Vienne affirmait même vouloir créer des « hot spots » (centres de regroupement des migrants) en dehors du territoire européen, notamment en Albanie ».
 
C’est cette nouvelle intention des autorités autrichiennes qui aurait motivé le discours du Président Macron devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 9 juillet dernier : « jamais la France n’acceptera les solutions de facilité que d’aucuns aujourd’hui proposent, qui consisteraient à organiser des déportations, à travers l’Europe, pour aller mettre dans je ne sais quel camp, à ses frontières ou en son sein ou ailleurs, les étrangers non admis ».
 
Quelques jours après ce discours, la victoire des Bleus a suscité d’immenses rassemblements dans tout le pays, dans un contexte de liesse populaire. La diversité des origines des joueurs de cette équipe fantastique a bien sûr sauté aux yeux des français. Et pourtant, ces enfants d’exilé-e-s, majoritairement africains, sont français ! Cela prouve une nouvelle fois que la mixité, la pluralité culturelle et l’humanité ne sont reconnues et célébrées qu’en présence d’actes “héroïques”.
 
Dans son discours aux Bleus après la victoire, E. Macron a affirmé : « vous avez fait rêver 60 millions de Français et des gamins partout ». Grâce à ce succès national, leurs origines sont oubliées. On leur accorde la fierté d’être français, au point de voir dans les rues la nouvelle devise de la République : « Liberté, Egalité et Mbappé ».
Ce n’est pas sans rappeler la destinée de Mamoudou Gassama, le jeune Malien sans-papiers reçu en héros à l’Elysée après avoir sauvé un enfant, à qui le Président a accordé une régularisation et un accompagnement vers la naturalisation.
 
A la question de savoir si la nationalité française se mérite, le Président de la République affirme catégoriquement : « bien sûr, mais il y a des règles, c'est ce que j'expliquais aussi en toute transparence à ce jeune homme. Il ne faut pas être démagogique et dire que tout est possible. On protège des gens en danger dans leur pays ce qui n'est pas son cas. Si je commence à dire 'on accepte tout le monde sans règle', pour le pays ce n'est pas soutenable »
 
Entre la crise européenne, la glorification sélective des origines étrangères, les récents discours présidentiels incohérents sur la protection des migrants et l’adoption d’une loi aux relents racistes, on est en droit de se demander si la crise des valeurs républicaines, camouflée par de belles images de joie populaire dans les jardins de l’Elysée le lendemain de la victoire des Bleus, n’atteint pas son paroxysme.