L’IMPACT DES VIOLENCES SEXUELLES SUR LES FEMMES EXILÉES ET SUR LEUR DEMANDE D’ASILE

Hier matin, nous avons demandé à Pascal Brice sur France Inter s'il pensait comme nous que les violences sexuelles ont un tel impact sur les femmes exilées qu'elles sont dans l'incapacité de déposer une demande d'asile dans le délai de 120 jours qui est fixé .
https://www.franceinter.fr/emissions/interactiv

Nous aimerions revenir sur cette question et sur l'impact psychotraumatique des viols et des violences sexuelles.

Nous avons volontairement choisi de construire cet article sous la forme de passages d'un article de la Docteure Muriel Salmona, psychiatre, trouvés sur le site Mémoire Traumatique (https://www.memoiretraumatique.org/).
En effet, nous sommes des actrices de terrain et constatons au quotidien l'impact de ces violences mais seul un médecin peut apporter les explications précises nécessaires à la bonne compréhension de ce traumatisme.

 

Impact des violences sexuelles sur la santé des victimes : la mémoire traumatique à l’oeuvre.
in Pratique de la psychothérapie EMDR, sous la direction de Cyril Tarquinio et Al., Dunod, 2017

“Les violences sexuelles ont le triste privilège d'être, avec les tortures, les violences qui ont les conséquences psychotraumatiques les plus graves, avec un risque de développer un état de stress post-traumatique chronique associé à des troubles dissociatifs très élevé chez plus de 80% des victimes de viol contre seulement 24% pour l'ensemble des traumatismes (Breslau, 1991). [...]”

"Les troubles psychotraumatiques sont des conséquences normales et universelles des violences qui s’expliquent par la mise en place de mécanismes neuro-biologiques et psychiques de survie face à un stress extrême, à l’origine d’une mémoire traumatique (McFarlane, 2010). [...]”

“Sans une prise en charge adaptée, ces troubles psychotraumatiques peuvent durer des années, des dizaines d’années, voire toute une vie. Ils ne sont pas liés à la victime mais à la gravité de l’agression et à l’intentionnalité destructrice de l’agresseur. Ils sont à l’origine pour les victimes traumatisées d’une très grande souffrance mentale, d’une perte d'estime de soi, [...]. L’impact sur leur santé, démontré par les études internationales, est majeur que ce soit sur leur santé mentale pour 95% des victimes (IVSEA, 2015) : troubles anxieux, dépressions, troubles du sommeil, troubles cognitifs, troubles alimentaires, addictions (pour 50% des victimes) ; ou sur leur santé physique pour 70% des victimes : troubles liés au stress et aux stratégies de survie, maladies cardio-vasculaires et respiratoires, diabète, obésité, épilepsie, troubles de l’immunité, troubles gynécologiques, infections sexuellement transmissibles, digestifs, fatigue et de douleurs chroniques, etc. [...]”

“La mémoire traumatique est au coeur de tous les troubles psychotraumatiques. Aussitôt qu’un lien, une situation, un affect ou une sensation rappelle les violences ou fait craindre qu’elles ne se reproduisent, la mémoire traumatique envahit alors tout l'espace psychique de la victime de façon incontrôlable. Comme une “bombe à retardement”, susceptible d’exploser, souvent des mois, voire de nombreuses années après les violences, elle transforme sa vie psychique en un terrain miné. Telle une “boîte noire”, elle contient non seulement le vécu émotionnel, sensoriel et douloureux de la victime, mais également tout ce qui s rapporte aux faits de violences, à leur contexte et à l’agresseur. [...]”

“La vie devient un enfer pour les victimes, avec une sensation d’insécurité, de peur et de guerre permanente. Il leur faut une vigilance de chaque instant pour éviter les situations qui risquent de faire exploser cette mémoire traumatique. Des conduites d’évitement et de contrôle de l’environnement se mettent alors en place (phobies, TOC) et des conduites d’hypervigilance (avec une sensation de danger permanent, un état d’alerte, une hyperactivité, une irritabilité et des troubles de l'attention). [...]”

“Une prise en charge spécifique par des soignants formés, centrée sur les violences et la mémoire traumatique est essentielle. [...] Le but de la prise en charge psychothérapique, c’est de ne jamais renoncer à tout comprendre, à redonner du sens. Tout symptôme, tout cauchemar, tout comportement qui n’est pas reconnue comme cohérent avec ce que l’on est fondamentalement, toute pensée, réaction, sensation incongrue doit être disséqué pour le relier à son origine, pour l’éclairer par des liens qui permettent de le mettre en perspective avec les violences subies. [...].”

“Il est donc essentiel pour les victimes de violences sexuelles d’être reconnues, protégées informées, réconfortés, et de recevoir des soins spécifiques le plutôt possible, afin d’éviter ainsi la mise en place de troubles psychotraumatiques sévères et chroniques qui auront de graves conséquences sur leur vie future et leur santé, et sur le risque de perpétuation des violences. La prévention des violences passe avant tout par la protection et le soin des victimes. Parce-qu’elles ne seront plus condamnées au silence, ni abandonnées sans protection et sans soins, ces victimes pourront sortir de cet enfer où les condamne leur mémoire traumatique [...]”